••• Début 88. Alors que je finalise "Words Of A Mountain", mon deuxième album solo, je reçois un appel de Jean-Paul Goude. Nous nous sommes déjà rencontrés à Nassau puisqu'il est l'ami de Grace Jones à l'époque, celui qui lui a façonné le look légendaire. Nous nous entendons très bien, nous amusant à jouer les nouveaux Diaghilev et Sravinski.

••• A la radio, j'apprends qu'on l'a chargé de la grande parade du Bicentenaire. Il me demande comment joindre Herbie Hancock, avec qui il me sait en relation. Et pendant la conversation (ou avant ? ou après ?), il réalise que le musicien afro-français que je suis, pratiquement bilingue de surcroît, peut très bien être celui dont il a besoin pour diriger le monstre.

••• Nous passons les premiers jours à donner libre cours aux idées les plus folles. Après tout, notre tâche est bien de créer de l'inédit. Comme dans un film - ce que le projet est dans sa fabrique - nous nous faisons un devoir d'inventer tout ce qui peut l'être, et de ne jamais laisser Mère Nature nous inhiber en quoi que ce soit. Jean-Paul est un expert à cet exercice, bien meilleur que moi. Plus

••• Directeur musical et compositeur, je suis chargé de toute la musique de l'évènement. Aidé de l'inestimable assistance de professionnels dans tous les domaines (musique traditionnelle et contemporaine), je fournis rapidement les premières esquisses de ce que j'entends proposer aux musiciens français. Je les articule sur deux idées: la "Marche des Mille", exécutée par un millier de musiciens traditionnels accompagnés de 1600 tambours pendant la parade, et le "Prélude à la Marseillaise" interprêté, avant l'hymne national Place de la Concorde, par un choeur de 300 chanteuses et chanteurs, avec les solistes de l'Ensemble Inter-Contemporain de Pierre Boulez, le tout entouré des mille traditionnels à l'arrêt. Les répétions donnent lieu à des moments inoubliables dans toute la France, à Parthenay et Marseille en particulier. Plus

••• Il nous faut également nous charger de la scénographie et de la musique des participants étrangers. Nous avons quelque mal à leur faire admettre qu'ils n'ont pas à nous fournir un spectacle, genre ouverture des olympiades; mais qu'au contraire, à l'instar des participants français, nous attendons d'eux de 'jouer' comme dans un film, dont nous nous réservons le scénario, la musique, la direction. Une affaire de confiance. Qui nécessite de nombreux voyages pour convaincre, avec mult croquis, plans et conciliabules. C'est ainsi que je me retrouve à Pékin en plein coeur des évènements de Tian An Men, et en Russie quelques mois avant la chute du Mur de Berlin. Plus

••• La contribution américaine au projet est multiple. Outre les répétitions du Tallahassee Marching Band auxquelles je ne peut assister faute de temps, il nous faut travailler avec Jessye Norman: on la charge d'être la Voix du Monde qui, en interprêtant la "Marseillaise" à La Concorde, remercie la France pour avoir donné naissance aux Droits de l'Homme. Nous choisissons Quincy Jones comme parrain en raison de son aura internationale. Et James Brown ... dommage, nous ne parvenons pas à l'y associer. Plus

••• 14 Juillet, le jour où tout échappe à notre contrôle. Rien de plus normal. Après tout, tout est conçu pour rouler comme sur des roulettes le jour J. Pas de place pour les décisions de dernière minute, autre que l'annulation du show même, comme dans un compte-à-rebours de tir spatial. L'aide précieuse de l'armée nous permet de tester les choses en taille et en durée réelles, quelques nuits auparavant sur les Champs-Elysées; toutes logistiques réglées, costumes préparés, il ne nous reste quà prier que la météo soit de notre côté; et, par chance, elle le sera. Notre Titanic ne rencontrera pas d'iceberg.

••• Jean-Paul et moi regardons la parade, comme presque tout le monde ... à la télé. Notre nervosité nous rend incapable d'apprécier le spectacle. A en croire l'ensemble des réactions, c'est un spectacle réussi. Qui mérite la sortie immédiate d'un document audio-visuel digne de lui. Demande pressante que nous ne pouvons satisfaire, tant les 18 mois nous ont paru à peine suffisants pour créer, convaincre et répéter. Le DVD n'existe pas encore, qui aurait rendu évidente la production d'un vrai 'Making Of'.

••• La musique demeure, et je n'abandonne toujours pas l'idée d'en sortir un jour un enregistrement, bien meilleur en qualité au CD de démo utilisé par les participants français, et qui fut commercialisé en petite quantité par Island Records France quelques temps après Plus.

••• Mais déjà sur le plan professionnel, les choses ne seront plus jamais les mêmes, en France et en Afrique surtout.

Top page
Page précédente Page suivante

Sun, Jan 3, 2010

wallybadarou.com©2004-2021 / Tous droits réservés